samedi 16 février 2013

Le TPI discrédité

200 000 à 250 000 serbes fuyant la Krajina en Croatie en 1995 lors de l'opération Tempête.

Nous sommes fin 2012.
En acquittant les généraux croates Gotovina et Markac ainsi que Ramush Hradinaj le TPI s'est totalement discrédité. Les faits :

Acquittement des croates Gotovina et Markac

Le 16 novembre 2012, le Tribunal pénal international de La Haye libère les généraux Croates Ante Gotovina et Mladen Markac en appel. Ils avaient été condamnés en première instance à respectivement 24 et 18 années de prison pour avoir visé des institutions civiles afin de pousser les Serbes à fuir la région de Krajina en 1995 lors de l'opération Tempête en 1995 (source : euronews).

La chambre d'appel a considéré que tout tir d'artillerie tombant à plus de 200 mètres d'une cible militaire ne peut être considéré comme une attaque contre des civils mais a surtout rejeté la conclusion de la chambre de première instance qui admettait l'existence "d'une entreprise criminelle commune dont le but était le déplacement forcé et définitif des civils serbes de la région de la Krajina" (source : Le point).

Les 200 000 à 250 000 Serbes qui ont quitté la Krajina se sont sans doute déplacés tout seul de leur propre chef... Pour assister à un concert de Lady Gaga ou de Bob Sinclar...

Ante Gotovina et Mladen Markac après le verdict
Outre les scènes de liesse en Croatie où des habitants accueillent les généraux en héros, il est intéressant de mettre en avant les réactions suscitées par ce jugement rendu en appel.

Sur les 5 juges, deux n'ont pas voté l'acquittement, il s'agit du juge Italien Fausto Pocar et du juge Maltais Carmel Agius.

Fausto Pocar
Le premier s'exprime de manière étonnamment virulente :
"Mille trois cent pages d'analyse ont été balayées d'un revers de main en à peine quelques paragraphes"... "le jugement contredit le sens même de la justice".
Il rajoute qu'il se souvient des transcriptions des dires de l'ancien Président Croate Franjo Tudjman comparant les Serbes à un cancer, lorsqu'il se félicitait qu'en fuyant, ces derniers n'avaient même pas eu le temps de récupérer "leur linge sale et leur fric".

Carmel Agius
Le juge Maltais Carmel Agius a quant à lui indiqué que le verdict rendu est "étriqué, artificielle, déficient, confus et problématique" approche qui selon lui a conduit à "des résultats incorrects".

Les deux juges répètent que l'attaque d’artillerie de l’armée croate contre Knin, Obrovac, Gracac et Benkovac, les 4 et 5 août 1995, fut illicite et exécutée dans le cadre d’une entreprise criminelle commune du commandement politique-militaire de la Croatie, dont Gotovina et Markac furent les protagonistes, dans le but de chasser définitivement les habitants serbes.

D'ailleurs l'opération Tempête a été orchestrée avec l'aide du patron de la CIA, Georges Tenet. La presse croate elle-même en parle.

Notons que ces deux juges ont tenu à ce que leurs points de vue figurent dans le verdict.


Toujours d'après Le courrier International, un journaliste des Balkans spécialiste du TPIY et souhaitant garder l'anonymat lâche "On a l'impression que ce sont les soldes d'hiver du tribunal".
Le procès en appel d'Ante Gotovina a en outre "été traité avec une rapidité incroyable", a-t-il ajouté.
"On dirait que quelqu'un voulait non seulement libérer les généraux mais les libérer très vite".

Notons également la réaction de Carla Del Ponte, parue dans le quotidien serbe Blic (information relayée par Libération) :
L’ex-procureur du TPIY Carla del Ponte déclare "Je suis choquée (...) la crédibilité du Tribunal est mise en question".
"Je suis profondément solidaire avec les victimes serbes des crimes, crimes que nous avons solidement prouvés par des faits".




Pour mémoire, rappelons ici très brièvement le parcours d'Ante Gotovina :
Il a quitté la Yougoslavie à l’âge de 18 ans et s'est engagé à la Légion étrangère avant d'obtenir la nationalité française en 1979. Quelques mois avant la déclaration d'indépendance de la Croatie, il retourne en Croatie et s'engage en 1991 dans la garde nationale croate encore à l'état embryonnaire.
En 2001 il est poursuivi par la vindicte de Carla Del Ponte et est inculpé par le TPIY.
Quelques instants avant, il renouvelle son passeport français à l'Ambassade de France à Zagreb, s'enfuit et devient introuvable.
On apprendra alors via les carnets du Général Rondot qu'Ante Gotovina était protégé dans sa cavale par la DGSE pour des raisons Secret Défense.
Celles-ci sont résumées dans l'article de la Libre Belgique :
"Cette protection particulière accordée au fugitif s’explique avant tout par l’implication de la France, notamment de la DGSE, qui a joué un rôle d’intermédiaire dans les fournitures d’armes aux Croates, en violation de l’embargo des Nations Unies."

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Libération de Ramush Hradinaj, son oncle Lahi Brahimaj et Idriz Balaj

Nous sommes maintenant le 29 novembre 2012, les craintes exprimées quelques jours plus tôt par Carla Del Ponte - qui craignait qu'un verdict similaire innocente cette fois l’ancien chef de l'UCK Ramush Haradinaj ainsi que deux autres inculpés - se sont réalisées. Contre toute attente ?

Ramush Hradinaj, Lahi Brahimaj et Idriz Balaj

Ramush Hradinaj, son oncle Lahi Brahimaj et Idriz Balaj, commandant adjoint de l'unité spéciale les "Aigles noirs, ont été tous trois déclarés non coupables et accueilli par une foule en liesse au Kosovo...
Les trois hommes étaient poursuivis pour des crimes commis contre des civils serbes, roms, albanais et d’autres minorités. L’acte d’accusation faisait état d'enlèvement, détention forcée, mauvais traitements et meurtres.

Il est intéressant de savoir qu'en 2009 la Cour d’appel du TPIY avait ordonné un nouveau procès en déclarant que le Tribunal "n’avait pas mesuré la gravité que les menaces d’intimidation des témoins faisaient peser sur son intégrité […] et n’avait pas pris les mesures nécessaires pour contrebalancer l’intimidation des témoins tout au long du procès". Pour le second procès, seuls deux témoins se sont présentés devant le tribunal (source : Le courrier des Balkans).
"Une vingtaine d'entre eux avaient refusé de témoigner, avant que la chambre ne réussisse à les y forcer, et nombre d'entre eux s'étaient plaints d'avoir subi des intimidations" (source : Le Point).
C'est peu dire, d'après le procureur serbe pour les crimes de guerre, Vladimir Vuksevic, 19 témoins potentiels sont morts.

Vladimir Vuksevic
Ce dernier a accusé le TPI de La Haye d’être responsable de leur mort.
Il ajoute que c'est la résultante de "l’incapacité des fonctionnaires de La Haye et leur manque de professionnalisme".
"La méthode de Haradinaj est connue et c'est celle de chaque mafia : d’abord des avertissements, des tentative de corruption, des intimidations et à la fin le meurtre."




...Particularité que Carla Del Ponte n'avait pas manqué de relever lors d'une conférence donnée le 30 mai 2011 "le Kosovo est le seul endroit où j’ai vu des témoins assassinés après avoir participé à des procès" (source : La tribune de Genève).


Parlons justement de Ramush Haradinaj, depuis l'annonce de son acquittement, plusieurs quotidiens serbes ont cité de larges extraits de son livre : Histoires de guerre et de liberté (A Narrative about War and Freedom) :

"J’ai  tué des policiers serbes et des civils serbes, j’ai liquidé des Albanais qui n’étaient pas pour notre cause [...] Enfant, j’étais déjà conscient du fait que l'on ne peut résoudre la question albanaise et kosovare que par la force. Dès mon plus jeune âge, je me suis préparé à me battre contre les Serbes ; en 1994, je me suis enrôlé dans l’UCK [...] armé jusqu'aux dents avec mes camarades, j’ai regagné le Kosovo [depuis la Suisse] via l’Albanie".

Carla Del Ponte conclue en disant qu'il y a désormais des facteurs concordants qui laisseraient croire
"...que le verdict ne soit pas influencé par des preuves, mais par la politique, un lobby financier, ou quelque chose d’autre qui n'est pas lié à la Cour"


Réagissant à son interview ce mardi, l'avocat de la défense de Gotovina, M. Luka Mistic, a annoncé qu'il compte «signaler l'ancien Procureur général à l'Association du barreau suisse». Selon l'avocat, sa plainte envers elle sera basée sur des «bases éthiques».



Lire aussi :
"Ante Gotovina, ce héros" de Céline Bardet, juriste internationale sur le Huffington Post.
"L'Albanie et le Kosovo réclament une enquête sur Carla Del Ponte" (courrier des Balkans)
"29.XI.2012 : la fin du Tribunal internationale de La Haye", de Slobodan Despot
A écouter :
Débat entre Carla Del Ponte, ancienne procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, et Slobodan Despot, éditeur d'origine serbe.

9 commentaires :

  1. Ben, tu fais du journalisme d'investigation maintenant ?

    En tout cas chapeau pour se compte rendu. Curieux ce procès.

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    1. Salut Corto.
      Le TPI avait une tendance, non avouée, à suivre les tendances politiques des entités ayant des intérêts géo-stratégiques dans la région. Mais, la libération des deux généraux croates est un coup de tonnerre. Nombreux sont ceux qui ne croyaient pas à son impartialité, l'actualité leur donne hélas raison.

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  2. curieux tout ça, ça voudrait donc dire que ce tribunal est un nid de vendus ? de toute façon, les croates et les kosovars ont volé les serbes de leur territoire historique, par la force, la traîtrise et les saloperies diverses....

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    1. Les peuples n'y sont pour rien, les politiques croates et les extrémistes kosovars ont profité de l'aubaine et d'intérêts "supérieurs" fomentés à l'avance par des éléments extérieurs dictés par les EU. Les serbes se sont totalement fait dépassé et ont perdu cette guerre, qui a préfiguré les autres guerres de communication. La question du Kosovo est loin d'être réglée, quand tu parles de territoire historique, c'est une réalité. D'ailleurs le Kosovo n'est pas entièrement reconnu internationalement, l'Europe et les EU continuent à pousser les autres pays pour reconnaître sa souveraineté mais ce n'est pas gagné. Tout le monde sait que les states ont des intérêts dans la région, économique et militaire. D'ailleurs je ferais un billet sur Madeleine Albright et quelques militaires américains qui sont en train de faire fortune après avoir misé sur des entreprises de Telecom kosovars...

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  3. Rien d'étonnant, ça va avec le reste. L'ensemble de la communauté internationale s'est déshonorée dans cette guerre et dans toutes ses séquelles.
    C'est à vomir.

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    1. Le traitement médiatique a été des plus abjects, il a joué sur l'affect, usant de raccourcis mensongers ou jouant avec une réalité tronquée. Nous pouvions au moins attendre qu'un tribunal international censé jugé des criminels de guerre ne serve pas la propagande unilatérale présentant les serbes comme des nazis de la pire espèce coupables de tous les maux.

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  4. Réponses
    1. Salut La Sorcière à la ville. Et moi donc. Je n'attends plus rien de nos hommes politique, tout se joue comme pendant la guerre froide, bloc contre bloc. Que L'Europe joue la carte atlantiste à la limite pourquoi pas, sauf que ça me dérange dans la mesure où chaque nouveau Président apporte maintenant son lot de guerres humanitaires. A qui veut-on faire gober ces conneries-là ? Quand jugera-t-on ceux qui ont menti pour envahir l'Irak, prétextant les armes de destruction massive ?
      Je suis également écoeuré.

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  5. Totalement écoeurant, comme à chaque fois qu'on essaie de monter des machins internationaux, que ce soit pour instaurer la paix ou la justice dans le monde. Au final, ça ne débouche jamais que sur la loi du vainqueur imposée au perdant, ou sur l'imposition d'intérêts généralement louches.

    La France, l'Occident ont abandonné nos frères Serbes lors de la guerre qui a secoué l'ex-Yougoslavie. La "justice" internationale vient de les poignarder dans le dos.

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