mercredi 25 août 2010

Contre-défense des clients de prostituées mineures

Alerté par un post de Maître Eolas, j'ai lu un article de Francis Caballero sur Le Monde daté d'aujourd'hui.
Cet agrégé de droit met en avant, d'après lui, la disproportion des peines encourues par des clients de prostituées mineures.
Dans l'affaire Zahia qui rappelons-le implique des footballeurs qui se seraient offerts des prestations sexuelles d'une mineure alors âgée de 16 ans, Monsieur Caballero précise qu'elle était d'une part majeure sexuellement et d'autre part consentante dans l'exercice de son métier. Ceci afin d'étayer la thèse selon laquelle Zahia n'est la victime de personne, la prostitution n'est pas forcément synonyme d'esclavage (sic) et qu'en définitive les clients de prostituées mineures ne méritent pas la prison.

Je vous invite à lire son article qui suscite déjà pas mal de commentaires... Je l'ai pour ma part entièrement retranscris ci-après entrecoupé par mes propres commentaires :
Le client d'une prostituée mineure est aujourd'hui puni par l'article 225-12-1 du code pénal de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende, peines portées à cinq ans et 75 000 euros en cas de mise en relation sur internet (706-47 CPP). Des peines d'une rigueur inouïe, assorties d'une procédure très dure, alignée sur celle des assassins d'enfant, des violeurs et des proxénètes. Le tout pour un simple rapport sexuel tarifé, délit qui n'existait pas il y a dix ans. Le texte a en effet été introduit en droit pénal par la loi du 4 mars 2002 sur l'autorité parentale dans le but de "lutter contre la prostitution enfantine".
Normal, ça ne me choque pas, nul n'est censé ignorer que l'exploitation d'enfants prostitués est dégueulasse, y participer en se payant une pute mineure doit donc être sanctionné. Pour ce qui est des peines, l'auteur sait bien qu'elles sont mesurées à la juste hauteur des faits reprochés et laissées à la libre appréciation du juge qui tient compte de tous les éléments. En d'autre terme, un pékin avec 4g d'alcool dans le sang qui se paye les services d'une prostituée de 2,10m et un bon 95D ne se verra pas infliger la même peine qu'un lubrique qui ratisse régulièrement tous les bahuts à la recherche délibérée d'un mineure vénale. Et encore moins celle d'un proxénète.
La stratégie est claire : punir le client, le culpabiliser, le diaboliser, comme dans la Bible où il est même transpercé en pleine action d'un coup de lance purificateur (Nb, 25, 8). Traité tour à tour de "pourceau", de "viandard", de "reptile du bord de trottoir", de "pervers", de "prostitueur" ou "d'esclavagiste pépère" : le chœur des grenouilles sexophobes n'a pas de mots assez durs pour le qualifier. Il réclame même la punition du client d'une prostituée majeure comme aux Etats-Unis ou en Suède. La prostitution n'est elle pas une forme d'esclavage moderne dont la prostituée est victime ? Une activité au surplus contraire à la dignité de la femme. On ne vend pas son corps. Le problème est que tout ce beau raisonnement est faux et archi-faux.
Là le procédé est malhonnête : l'auteur décrit la diabolisation et les condamnations morales parfois excessives à l'encontre de clients de prostituées. Sauf qu'ici en l'occurrence c'est de prostitution enfantine qu'il s'agit !
Premièrement, la personne prostituée ne vend pas son corps. Elle ne vend rien. Pas un cheveu, pas un cil, pas un poil. Le contrat de prostitution n'est pas un contrat de vente, ni même un contrat de location. C'est un contrat de fourniture de service sexuel moyennant rémunération. Un service qui, entre majeurs consentants, n'est nullement interdit par la loi. Ni condamné par l'opinion puisque 68 % des français sont hostiles à la pénalisation du client d'une prostituée majeure.
La définition toute personnelle de la prostitution est très épurée, dénuée de sensiblerie : c'est du libéralisme décontracté du gland, du bizness quoi. Sauf qu'il y a encore un glissement opéré de la prostitution enfantine vers le débat classique de la prostitution pour noyer le poisson et amener le lecteur à accepter, pourquoi pas, ces thèses.
Deuxièmement, la prostitution n'est pas nécessairement synonyme d'esclavage. En effet à côté de la prostitution forcée, il existe une prostitution libre définie par la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt Jany (2001) "lorsqu'elle est exercée hors tout lien de subordination en ce qui concerne le choix de cette activité, les conditions de travail et de rémunération, sous sa propre responsabilité, et contre une rémunération qui lui est intégralement versée". En clair dès lors qu'elle perçoit l'intégralité de ses gains, choisit ses horaires, ses tarifs et ses prestations, la prostituée n'est pas une esclave.
"la prostitution n'est pas nécessairement synonyme d'esclavage" Ah ouais ?! Peut-être dans 1% des cas...
Que fait-il des 99% autres alors ? On s'en fout ?
En fait c'est trop cool la prostitution d'après lui, même que c'est  l'Union européenne qui le dit.
Ah bah si c'est l'Europe qui l'dit...Ca va être la fête du slip alors !
On peut proposer à tous les gamins de 15 ans de se payer leur iPhone et leurs jeux vidéos en faisant le tapin, les clients ne seront pas inquiétés, tout le monde il est content !

UN HOMME TRÈS ORDINAIRE
Tel est précisément le cas de Zahia dans l'affaire Ribery, qui déclare urbi et orbi : "Je ne suis pas une victime. Je fais ce que je veux". En jurant qu'elle ne dépend de personne, au tarif déclaré de 2 000 euros la nuit, soit 20 000 euros par mois. La pauvre, il est vrai qu'elle est mineure. Il faut la protéger de la débauche.
Zahia ne fait pas ce qu'elle veut : mineure elle dépend de l'autorité parentale.
Si elle ne dépend d'aucun souteneur combien d'autres ne sont pas dans son cas !
D'après l'auteur gagner 20000€ par mois vous exonère de facto d'être une victime, même si vous sucez des bites et que vous vous faites jardiner. Ainsi donc sous prétexte de gagner plein de tunes on passe outre les lois, on ne protège plus les gosses ?
Ben oui il faut la protéger de la débauche, oui, mille fois oui !
Je préfère voir une fille de 16 ans aller au lycée et penser à son futur métier que faire la pute.
Et puis combien de types elle s'est tapée la Zahia à 50€ la passe, peut-être même payée avec des tickets restos avant de se taper des footeux pleins de blés ?
Et c'est là qu'intervient la troisième erreur grossière. Car si elle est civilement mineure, elle est sexuellement majeure. En effet en France la majorité sexuelle est fixée à quinze ans. Ce qui veut dire qu'à partir de cet âge les rapports sexuels avec les adultes sont autorisés, sauf avec ceux qui ont autorité sur le mineur (parents, éducateurs). Zahia avait donc le droit de coucher avec toute l'équipe de France de football, à la condition que ce soit pour le plaisir. Cela fait partie de la liberté sexuelle des 15-18 ans. Et si la prostitution est interdite à tous les mineurs, c'est un interdit sans peine.
Ce n'est pas une erreur grossière Monsieur caballero, c'est la loi. La loi interdit toute relation tarifée avec une mineure civile.
Ca vous désole peut-être mais il faut bien fixer une limite d'âge, aujourd'hui un client n'est pas inquiété lorsqu'il voit une prostituée de 18 ans; si on abaisse la dépénalisation à 15 ans demain c'est quoi ? 12 ans ?
C'est totalement irresponsable.
J'ajouterais que si les rapports avec les adultes ayant autorité sur le mineur sont interdit c'est aussi pour protéger le mineur qu'on considère sans doute pas encore totalement en mesure de consentir de manière responsable à des actes d'ordre sexuel.
De plus, un adulte peut être accusé de détournement de mineurs qu'il ait ou non eu des relations sexuelles avec un mineur sexuellement majeur.
Dans un tel contexte, traiter le client d'une prostituée "mineure" comme un délinquant sexuel avec garde à vue, mise en examen, inscription au fichier FNAEG, etc., est un non sens. Le punir de prison est proprement délirant. Non parce que sa partenaire a l'air d'une majeure, excuse généralement rejetée par la jurisprudence, mais parce que, sur le plan sexuel elle est majeure. Elle peut faire ce qu'elle veut avec son corps. De ce fait son client n'est pas un saint, mais ce n'est pas le diable. C'est un homme très ordinaire, souvent père de famille, qui n'a rien d'un "pervers esclavagiste".
Fût-il père de famille, le client d'une prostituée mineure contribue à l'esclavage que vous dénigrez, ordonné par des filières maffieuses. Les clients doivent-ils donc penser qu'à leurs bons plaisirs, foulant aux pieds les détresses nombreuses de ceux et celles qui en viennent à se prostituer ?
Sans compter que le texte se retourne contre "l'esclave" qu'il est censé protéger. La voilà soumise à des interrogatoires, auditions, écoutes, confrontations et procédures qu'elle n'a pas voulu. Sa vie privée est jetée en pâture aux médias, sa famille est touchée. Stigmatisée comme prostituée, elle ne vivra plus jamais comme avant. Encore un splendide travail de la brigade des mœurs pour protéger la jeunesse. En définitive l'article 225-12-1 du code pénal est une horreur juridique d'une constitutionnalité douteuse qui porte une atteinte disproportionnée à la liberté sexuelle sans profit pour personne, ni pour la société.
Vous vous souciez du sort de Zahia !? Je croyais pourtant qu'elle n'avait nullement besoin d'être protégée de la débauche d'autant qu'elle gagnait 20000€ par mois ?
Il faudrait savoir.

Je conclurais en disant que Monsieur Caballero a vraiment une vision très épurée de la prostitution. Les prostituées gagnant 20000€ par mois et libres de leurs mouvements restent des exceptions. Mesure-t-il la portée de son déni de réalité ? Souhaite-t-il créer un appel d'air en dépénalisant la prostitution de gamins/gamines de 15 ans avec toutes les conséquences effroyables inhérentes à ce type d'activité en terme de sécurité, de troubles psychologiques ou encore de santé publique ?

6 commentaires :

  1. Je suis toujours surpris de voir les médias, sous prétexte de contrer la pudibonderie et la moralisation, prendre systématiquement le parti de "la pute qui fait ce métier tout à fait librement, qui choisit ses clients, etc.". Cf. ces pseudo reportages qui suivent une fille "tout à fait normale" dont le rêve est d'être hardeuse et qui court les salons du X et les boites de cul. Ou bien la pute des plateaux télé qui demande qu'on arrête de la juger, qui dit que son métier c'est son choix, qu'elle fait ce qu'elle veut de son corps...
    Je ne connais pas du tout le milieu, je veux bien croire qu'elle existe dans la rue, cette pute là, mais franchement... La pute de base, la plus représentative, c'est quand même une pauvre fille qui est tombée là dedans pour manger non ?

    RépondreSupprimer
  2. Oui, tout à fait. Les très nombreuses associations qui aident les prostituées et tous les acteurs associés sont là pour en témoigner.

    RépondreSupprimer
  3. Je suis outrée. Je trouve le plaidoyer de ce monsieur terriblement malsain, ouvrant la porte au grand n'importe quoi. Je ne comprends pas ce besoin qu'ont les singes déjà de coucher avec des gosses et en prime de se réfugier derrière des paravents de mots pour justifier leurs actes. Merci d'avoir porté ce texte à ma connaissance en le publiant. Je suis enervée pour le reste de la journée, mais ma colère est saine, face à ce genre de plaidoyer ridicule. La prostitution est un métier difficile et que des gens puissent s'en servir pour défendre de pareils bouffons me désole.

    RépondreSupprimer
  4. Mr caballero a parfaitement raison !
    ce sont les libertées fondamentales qui sont remises en cause par ce genre de lois qui pullulent depuis dix ou quinze ans.
    la republique est mourante, les politiciens aux abois sont des guignols qui cèdent a tous les lobbies...et le code penal devient un veritable bordel avec une loi qui en contredit une autre !

    RépondreSupprimer
  5. Ben voyons monsieur l'anonyme...
    Quel rapport entre des politiciens guignolesques, les lobbies, le mille-feuille législatif et des immondes qui se tapent des putes mineures ?

    RépondreSupprimer
  6. Moi ce que je pense c est que des gens comme vous interdiraient toute forme de prostitution au final.

    Il faudrait penaliser les adultes qui forcent des gamines a faire ca, une fille qui fait ca a 16 ans je trouve pas que ca soit une "enfant".

    Moi a 15 ans j avais conscience de ce que je faisais.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont les bienvenus !
Tous propos outranciers seront supprimés."Go ahead, make my day !"

Archives du blog

On ne lâche rien !

On ne lâche rien !
La dégénérescence c'est un peu l'obsolescence programmée du socialisme.