lundi 3 mai 2010

Curiosité malsaine

Thomas Couture : Romains de la décadence (1847)
Christophe Ginisty dans un article fraîchement écrit s'interroge sur la médiatisation des prévenus. Effectivement c'est une tendance croissante; les temps d'antenne, le nombre d'articles de presse ou d'interviews qui leur sont accordés donnent l'impression que la position de présumé coupable est magnifiée par la société. Pour autant, une visibilité médiatique ne signifie pas forcément qu'il y ait une demande forte des lecteurs ou des téléspectateurs, je me garderai donc d'incriminer la société.
D'ailleurs, il est de bon ton de produire des émissions de merde à la télé sous prétexte que le public en redemande et aime se vautrer dans la fange.
Pour se justifier on sort les fameux baromètres empiriques Médiamétrie dont les méthodes de calcul concernent un panel de 3500 foyers. Soit moins de 10000 pékins qui décident de la programmation télévisuelle d'une chaîne dans un pays comptant plus de 60 millions d'habitants.
La presse ? Idem. Elle se défausse sur son lectorat pour justifier ses choix rédactionnels qui pour certains concurrencent les meilleurs tabloïds anglo-saxons. Lorsqu'on leur rétorque que tout de même les quotidiens sous perfusion se vendent de moins en moins et qu'il s'agirait sans doute pour certains journalistes de se remettre en question, on tire à vue sur la cible idéale : internet.
Même stratégie chez les majors de l'industrie musicale (qui ne se porte pas si mal). Surtout ne rien changer, continuer à promouvoir de la daube en sauce R&B putassière, rap mononeuronal, rock sous-californien, faire sa pleureuse chez Sarko et foutre en taule 30 millions de pirates potentiels adeptes du Dieu Web qu'il faut massacrer à tout prix.

Pour en revenir au thème de ce billet qui concerne la présumée surexposition médiatique de présumés coupables, je vais présumer de ma petite explication psy à 2 drachme (d'ailleurs j'aimerais l'avis du psychothérapeute à ce sujet, s'il me lit ainsi que le vôtre).
Les médias ont ceci de particulier qu'ils ont la capacité de focaliser l'attention de millions d'individus en un instant, ce n'est pas pour rien qu'on parle de quatrième pouvoir.
Dès lors qu'un individu ou un groupe d'individu jouit d'une certaine influence, il cherche alors parfois à s'affranchir des normes sociales de la plèbe, à s'extirper de sa condition première. Le superflu, comble du raffinement prend alors le pas sur le strict nécessaire. De nouveaux codes s'installent, snobisme et extravagance suivent alors, on brave les interdits et on se vautre dans la luxure la plus impudique.
Lorsque ceux-ci produisent des émissions, la télé n'est alors qu'une fenêtre ouverte sur l'univers élitiste d'un village de dégénérés consanguins vivant en autarcie et coupés du monde.
Lorsqu'ils prennent le parti systématique de mettre en avant tous les acteurs d'une possible transgression sociale ou morale, ils dissèquent alors leurs moindres faits et gestes, leur accordent des circonstances atténuantes, les humanisent pour enfin achever la globalisation des esprits, bouger les lignes et tenter de changer les normes dans une optique progressiste.

Nous sommes tous confrontés à notre part d'ombre, je ne préjuge pas de l'intérêt que nous pouvons porter aux témoignages d'hommes et de femmes condamnés par la justice pour escroqueries ou violences en réunion (encore que cet intérêt se limite en général à une catégorie d'âge où nous sommes en pleine construction). Seulement ce qui relève de l'inconscient et du fantasme chez un individu prend une toute autre allure en première de couverture ou chez Ruquier et tient alors lieu du pire voyeurisme.
Je n'ai pas envie de comprendre l'innommable lorsqu'il s'agit d'un serial killer.
Je n'ai pas envie d'écouter, d'entendre ni de voir des racailles déblatérer leurs inepties, même si l'angélisme souvent décrié viendrait de la peur de notre violence intrinsèque dictant ainsi nos excuses par projection.
Je n'ai pas envie de voir le sourire de Laurence Ferrari parlant de l'auteur auréolé d'un casse de banque ou de bijouterie. Même si ce n'est que la transcription du désir secret de changer de vie, de dire merde au système et de disparaître avec ses millions.
Je n'ai pas envie de voir partout le cul, les nichons et la tête de la nana qui s'est fait tringler par des joueurs de foot de l'équipe de France. Je n'ai d'ailleurs pas plus envie de la voir à la nouvelle star, chez Nicos ou à la ferme célébrité.
Que les médias gardent leurs fantasmes pour eux, chez eux et s'envoient en l'air avec si ça leur chante.
S'ils veulent s'encanailler avec des cinéastes pédophiles, des lanceurs de pavé, des polygames ou des maquereaux se sera sans moi. Qu'ils aillent au diable avec leur modèle de société.

3 commentaires :

  1. Egalement. Cela m'exaspère cette mise sous projecteur de gens qui transgressent les règles et s'en vantent, qui font l'apologie du non-droit, de la débauche, de la magouille. J'ai bien conscience de jouer ma Marie-Charlotte-oie-blanche-offusquée, mais non, définitivement non, je ne vois pas l'intérêt de me faire éclabousser par leur fange, alors j'ignore.
    Peut-être que je rate des choses intéressantes (d'aucuns le pensent sûrement), mais que diable... personne ne peut être omniinformé, il faut faire des choix et j'ai fait les miens.

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  2. "même si l'angélisme souvent décrié viendrait de la peur de notre violence intrinsèque dictant ainsi nos excuses par projection"

    Bravo pour cette description éminemment difficile à expliquer de cette ambivalence des excuseurs ou justifieurs de fouteurs de m. en banlieue

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  3. @ la femme des steppes
    Marie-Charlotte-oie-blanche-offusquée...Excellent !
    Merci pour vos commentaires souvent très imagés (et quelques fois dans le non-dit fallacieux) :)
    @ Anonyme
    Je vous en prie, j'ai mis 3 jours pour la pondre...Plus sérieusement, vous avez fait mouche et relevé dans mon laïus une théorie qui me tient à coeur. Heureux de la savoir partagée.
    Merci de votre visite !

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La dégénérescence c'est un peu l'obsolescence programmée du socialisme.