vendredi 19 février 2010

Le journalisme-marketing

Jokari journalistique
Je suis abonné au blog de Vincent Abry qui traite de l'information numérique; son dernier billet m'a fait découvrir un site de notation de journalistes. Celui-ci présente à mes yeux peu d'intérêts si ce n'est celui de se "lacher" sur tel ou tel journaliste qu'on ne peut plus encadrer sans en abimer le portrait.

Mais quelque soient les griefs à l'encontre d'un journaleux, je trouve ce procédé de notations assez mesquin, petit et veule au final. C'est peut-être parce qu'il vulgarise à l'extrême ce qu'on peut penser de tel ou tel individu sans finalement avoir de contradicteur. Après tout, ce n'est qu'un juste retour de bâton pour une profession prise dans le tapis du rendement avant toute autre considération de qualité.
Je me suis tout de même fendu d'un commentaire assez élogieux sur Eric Zemmour. Et oui, mon blog n'a pas que vocation à servir d'exutoire à mon humeur passablement mauvaise (aux dires de  mes proches). Il est des jours où pour on ne sait quelle raison obscure, on veut être sympa et remercier tout haut un personnage public avec lequel on partage beaucoup d'idées.
Eric Zemmour est un des rares journalistes actuels s'extirpant de la fange dans laquelle sont englués tous les chasseurs de scoop, de dérapages verbaux insignifiants et de pets de mouches. Il délivre des analyses en profondeur sur la société actuelle, s'affranchissant de la censure généralisée qui sévit insidieusement. Cette censure n'étant pas tant le fait d'un diktat éthique que du mimétisme pathologique des médias prisonniers de concepts et d'analyses éculés. Lorsque je lis un canard, je cherche avant tout une information brute, vérifiée et neutre politiquement. Peu me chaut que l'auteur de l'article exprime son opinion, un jugement, dès lors qu'il est pertinent et se démarque des "tendances" de réflexion de l'époque. J'entend par tendance, la manière dont est véhiculée l'information-marketing qui joue sur l'affect, le sensationnel et la simplification à l'extrême.
La politique n'est pas épargnée par ce mal. On attend d'elle une certaine hauteur de vue et un recul permanent dont je ne préjuge pas le manquement, mais elle ne se situe manifestement pas dans la partie visible de la communication. Les médias et les politiques jouent au Jokari, ils réagissent à chaud à chaque battement d'aile de papillon, se renvoyant la balle qui ne cesse de revenir plus fort et plus vite à chaque coup de polémique. Las de ce match à guichet fermé, les gens expriment de plus en plus leur désintéressement à la chose politique et à la presse écrite.

3 commentaires :

  1. "Cette censure n'étant pas tant le fait d'un diktat éthique que du mimétisme pathologique des médias prisonniers de concepts et d'analyses éculés"
    C'est cette question qui est intéressante (sur le constat général on ne peut qu'être d'accord) et pour laquelle je n'ai pas de réponse... On dénonce souvent un "système", qui coopterait les gens, verrouillerait certaines choses etc. Mais je trouve plus pertinente votre idée d'une sorte d'auto-régulation, de censure émanant d'un comportement collectif. Bien que cela reste vague et ne me convainque pas définitivement...
    En tout cas, il ne faut pas négliger dans l'état actuel du journalisme la réalité suivante : sous le couvert "d'experts", de "magazines spécialisés", "d'enquêtes exclusives", travaillent en fait de jeunes puceaux de 25 ans, de formation généraliste, qui ne sont ni plus bêtes ni moins bêtes que vous et moi. C'est une banalité de l'entendre dire, mais quand on a l'occasion de le vérifier, ça apprend à relativiser. L'un de mes anciens collègues est désormais "journaliste". Trouver ses articles dans des magazines nationaux qui font référence en matière d'économie, les lire en sachant qui les a écrits (un brave type de 25 ans) et comment (le cul sur sa chaise en passant des coups de fils ou en demandant des témoignages parmi son réseau Facebook), entendre que pour sa dernière critique d'expo, il ne s'est pas déplacé mais a écrit à partir du dossier de presse qu'on lui a envoyé... Tout cela aide à "renouveler" son regard sur la presse et les médias !

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  2. Oui, je pense aussi à une sorte d'auto-régulation. Et vous avez raison de sortir de la théorie généraliste en confrontant un exemple très concret quant à lui (j'ai bien aimé le terme puceau pour désigner un "bleu" dans le métier !)
    Ca me fait penser à toutes les annonces d'emploi que j'épluche en ce moment. J'y suis maintenant habitué mais les termes très précis censés désigner tel ou tel type de travail, d'objectifs ou qualifications requises donnent le sentiment d'un environnement requiérant des aptitudes extraordinaires. Bien souvent, lorsqu'on met le pied dans la société en question, on se rend compte que tout ça c'est quand même du flan.

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  3. Oui, je pense que "l’amateurisme" est beaucoup plus présent qu’on l’imagine, que ce soit dans les médias ou ailleurs. En tout cas, quand on est conscient de cela, plus question de rester sérieux en entendant (c'est la mode en ce moment) ces "grands journalistes" officiels nous mettre en garde contre le danger d'internet et de son journalisme insidieusement dilettante, fondé sur la rumeur et la diffamation, et nous faire croire que la carte de presse est un gage de légitimité...

    Maintenant, si on se demande "pourquoi donner le micro à des puceaux ?", on peut imaginer que naturellement, il est plus simple pour les journaux et les télés d'embaucher des jeunes qui n'y connaissent rien plutôt que de se constituer un réseau de personnes expérimentées qui leur donneraient leurs lumières de temps à autre. Mais il n'est pas impossible non plus que les gouvernements successifs encouragent cet état de fait : on déjoue plus facilement les questions d'un jeune Science-Po formaté et pavlovien de 28 ans que celles d'un vieux routard qui a l'expérience du monde et de l'histoire politiques des décennies passées, et à qui on ne la fait pas.

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La dégénérescence c'est un peu l'obsolescence programmée du socialisme.