dimanche 14 février 2010

Du charlatanisme et d'un certain art contemporain

Siu Lan Ko, artiste chinoise avait fait suspendre à la façade des Beaux-Arts de Paris 4 bannières d'environ 7m de long. Sur chacune de ces bannières sont inscrits les mots "Travailler", "Plus", "Gagner", "Moins".
Ces bannières une fois installées mercredi 10 février au matin ont été démontées l'après-midi même : la direction de l'Ecole jugeant ces Kakemonos trop provoquants.
En réalité, à quelques semaines du budget alloué annuellement, ça faisait un peu tache.
Evidemment le mot censure est lâché....

Samedi 13 tout est rentré dans l'ordre, Frédéric Mitterand appelle Siu Lan Ko personnellement : les bannières seront remontées.
Entretemps Siu Lan Ko a envisagé une action en justice et a déclaré:
"Cet incident reflète bien le climat de peur politique dès qu'on touche à Sarkozy en France, et à quel point la liberté d'expression est bafouée dès que des intérêts économiques sont en jeu".

De son côté l'école des Beaux-Arts se défend et explique qu'il n'avait pas été convenu que les bannières soient accrochées à l'extérieur du bâtiment. Leur communiqué de presse du 11 février 2010 :

"Les Beaux-arts de Paris présentent pendant huit jours, du 13 au 21 févier 2010, dans le cadre d’un partenariat pédagogique international, les œuvres des étudiants de son programme de recherche La Seine, du 3e cycle du Royal College of Art à Londres et de LASALLE College of the Arts à Singapour.
Au sein de cette exposition figure une œuvre de l’artiste chinoise Siu Lan Ko conçue sous la forme de deux grandes bannières drapeaux, réalisées à l’identique de celles mises en place par les Beaux-arts de Paris pour leur communication. L’artiste a procédé à leur installation, l’avant-veille du vernissage de l’exposition, en place des supports habituels d’information de l’École. Cet accrochage s’est fait sans que la direction de l’établissement en soit informée. L’œuvre, accrochée aux façades des salles d’exposition du quai Malaquais, offre sur le fond noir de deux bannières de sept mètres de haut, inscrit en lettrage blanc, le texte suivant « travailler moins, gagner plus ».
Sans titre, sans nom d’auteur, sans mention relative à l’exposition, le caractère de l’œuvre se réfère explicitement à un contexte politique et son auteur a souhaité, par la présentation sur la voie publique, utiliser spectaculairement comme médiation de son message, un bâtiment de l’Etat voué à l’enseignement. La direction de l’école a considéré dans ces conditions que cette présentation non concertée de l’œuvre, sans explicitation à l’attention du public, pouvait constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l’établissement. Après en avoir informé Clare Carolin, commissaire de l’exposition et responsable adjointe du département Curating Contemporary Art du Royal College of Art à Londres, celle-ci a été retirée de la voie publique.
La direction de l’établissement a proposé que l’œuvre de Siu Lan Ko soit naturellement présentée pendant la durée de l’exposition, avec toutes les autres œuvres des étudiants, à l’intérieur des salles destinées à accueillir la manifestation.

Par-delà les polémiques j'ajouterais plusieurs choses :

1) les bannières de Siu Lan Ko ne sont en aucun cas une oeuvre d'art. Je dirais même que c'est une grosse daube financée à l'aide de nos impôts.
2) Siu Lan Ko serait bien inspirée d'éviter de venir en France nous faire sa leçon droidlommiste à 2 balles.
3) C'est malin de sa part d'un certain côté parce que quand les gens refusent d'adhérer parce qu'ils trouvent ça nul et bien on leur parle de liberté d'expression bafouée en entrant sur le terrain du politique.
4) Je déteste les artistes engagés. On dessine, on peint, on compose de la musique mais on ne mélange pas la politique avec l'art.
5) Que les 2 partis se mettent d'accord : était-il prévu que ces bannières soient accrochées dehors ? Si oui, pourquoi la direction a-t-elle attendu qu'elles soient en place pour réagir ? S'il n'avait jamais été question d'une exposition extérieure, comment se fait-il qu'on puisse alors accrocher des trucs à la façade sans en être informé ?
Je vous invite à voir les "oeuvres" de Siu Lan Ko sur son site , vous y verrez alors que l'artiste est un animal ovipare qui s'ignore, vous découvrirez le vertigineux message des roses à même le sol, vous vous pâmerez devant le courage exemplaire de l'artiste jouant à un Colin Maillard SM tout en musclant son bras gauche lesté d'une pierre...
A voir également une vidéo AFP.fr et surtout un des meilleurs sketch des inconnus encore d'actualité...Enjoy !

4 commentaires :

  1. et 6) Frederic Mitterrand est-il le ministre qu'il nous faut à la culture ? J'en doute: Après l'éloge de Boltanski et ses fringues à terre, le voila qu'il soutient ce qui n'a rien à voir avec l'art et la culture

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  2. Bonjour Corto74 :)
    j'avais lu votre chronique sur Boltanski et m'étais bien marré. Moi je vois le même genre d'expos chez Emmaüs et à la friperie de Tricatel-les-bains sans qu'on en fasse tout un tintouin.
    Il me semble que le ministère n'est pas en cause, je pense qu'il est depuis de nombreuses années tributaire de tous ces riches collectionneurs d'art, mécènes pour certains qui alimentent un pan économique entier. Alors tout le monde ferme les yeux, c'est faux-culerie et compagnie, "vous reprendrez bien un petit-four ?", etc.

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  3. Quelques réflexions de Pablo Picasso, cela donne a réfléchir ?

    En 1952, Picasso écrivait à son ami Giovanni Papini :

    « Dans l’art, les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’étrange, l’extravagant, le scandaleux.
    Moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées par la tête,
    et moins ils les comprenaient, plus ils les admiraient.

    Mais quand je suis seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot.
    Ce furent de grands peintres que Giotto, Le Titien, Rembrandt et Goya : je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps
    et épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécillité, la vanité, la cupidité de ses contemporains.
    C’est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler.

    Mais elle a le mérite d’être sincère ».

    23 mars 1942,
    Picasso dit : «On peut écrire et peindre n'importe quoi puisqu'il y aura toujours des gens pour le comprendre (pour y trouver un sens).»

    - Pour moi, son travail n'a rien a avoir avec l'Art, c'est dans l'ordre de la communication et du lettrage.

    - Elle ne manque pas de culot de venir nous donner une leçon de démocratie, alors que son propre pays en ignore la signification.

    - Le point sur lequel je ne suis pas d'accord avec toi c'est sur les artistes engagés.
    - Il y a les artistes de l'époque communiste.
    - Jean Ferrat, était un chanteur engagé
    - Et encore beaucoup d'autres.

    Quand je vois ce genre d'expo, je râle, je râle même très fort à cause de l'argent qui est dépensé, investit pour rien alors qu'il y tant d'artistes qui crèvent de misères.
    Nadezda

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  4. Merci de m'avoir fait part des propos de Picasso dont j'ignorais l'existence. Sa franchise et sa lucidité envers le regard que portent "les maîtres et critiques" dont il parle lui font honneur.
    Concernant l'argent dépensé, tu as raison d'enrager, d'autant que c'est le contribuable qui paye. J'ajouterais qu'on peut faire passer un message en se servant de son talent, pourquoi pas (je pense à des caricaturistes par exemple)...Malheureusement la plupart des artistes engagés font l'inverse. Ils se servent de leur engagement pour doper leur notoriété, et là ça dérape, ça ne ressemble plus à rien, les 2 étant inconciliables. En général on les reconnait facilement à leur égo surdimensionné et à leur absence d'humilité.

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